Un séjour aux États-Unis offre à des journalistes étrangers l’occasion d’explorer le pays et leur profession › TOP MEDIAS

Dans une salle de conférence d’une grande chaîne de télévision américaine, un cadre responsable de l’actualité répondait à de multiples questions sur la nécessité de couvrir les événements internationaux, le besoin de réduire le personnel tout en faisant plus de reportages, la technologie de pointe, les médias sociaux et le marché médiatique.

M. David Reiter, en effet, répondait aux questions de ses confrères, la plupart d’entre eux des journalistes en puissance dans leurs pays, qu’il s’agisse de presse écrite, électronique ou en ligne. Dans le cadre de leur visite à la chaîne ABC News, ils ont eu aussi des entretiens avec des membres de la section de journalisme d’investigation, ceux chargés du principal journal télévisé et du magazine d’actualités de fin de soirée.

Les journalistes qui ont rencontré M. Reiter lui ont laissé leurs cartes de visite ; cependant, ils n’étaient pas à Manhattan pour travailler mais pour s’instruire. Ils participaient au Programme Edward Murrow pour les journalistes qui est parrainé par le département d’État et offre l’occasion à environ 150 journalistes à la fois, venus de 100 pays, de passer trois semaines aux États-Unis pour se familiariser avec une autre perspective de leur profession et avec leur pays hôte.

Les 150 journalistes ne se trouvaient pas tous en même temps dans la salle de conférence d’ABC News. Ils avaient été divisés en groupes de 20, par région et par langue, et leurs visites avaient été organisées pour différentes heures dans les locaux de divers médias. Tandis que les journalistes et les rédacteurs en chef européens posaient leurs questions à ABC, leurs confrères anglophones d’Afrique étaient au siège du quotidien new-yorkais Staten Island Advance, et leurs collègues francophones du continent achevaient leur visite au quotidien Wall Street Journal où ils avaient eu un entretien avec l’éditorialiste adjoint.

En fait, après avoir entamé leur séjour aux États-Unis avec des conférences à Washington avec les responsables de l’International Visitor Leadership Program (IVLP) du Bureau des affaires éducatives et culturelles du département d’État, qui parraine le programme Murrow, les journalistes se sont éparpillés en groupes réduits de par le pays pour discuter de leur profession et pour découvrir les États-Unis. Les reporters de l’Asie centrale et méridionale, par exemple, ont participé pendant cinq jours à des ateliers à l’École Walter Cronkite de journalisme de l’Université de l’État d’Arizona, puis ils se sont rendus à la Nouvelle-Orléans où ils ont passé cinq jours à découvrir la ville et observer son redressement suite à l’ouragan dévastateur de 2005, et ils sont allés au siège de plusieurs médias et ont rencontré des organisateurs communautaires. Le groupe de journalistes russophones ont passé autant de jours dans des activités semblables à l’Universités du Tennessee et à celle de Portland (Oregon).

Un grand nombre des journalistes en séjour aux États-Unis ont déclaré que le travail qu’ils faisaient dans leurs salles de rédaction était semblable à ce qu’ils avaient observé ici, notant cependant que les plus grandes différences existaient dans les pays ou les régions qui n’avaient pas mis en vigueur des mesures de protection de la liberté de la presse telle que la garantit le Premier amendement de la Constitution des États-Unis.

Le journaliste Awazi Kharomon, de la République démocratique du Congo, a dit que c’était le plus important qu’il avait appris et ce qu’il rapportait avec lui. « De voir que dans un pays les journalistes sont libres d’écrire, de dire ce qu’ils veulent, et qu’il n’y a aucune organisation pour les empêcher de faire leur travail : c’est la chose la plus importante que j’ai découverte pendant mon séjour ici », a-t-il indiqué. « La liberté de la presse est la chose la plus importante dans une démocratie. Il ne peut y avoir de démocratie sans liberté de presse. »

Le reporter principal de l’agence de presse Ghana News Agency, M. Caesar Abagali, a dit que la liberté de la presse existait dans son pays depuis 20 ans, mais qu’après s’être entretenu avec ses confrères africains, il s’était rendu compte des problèmes auxquels ils se heurtaient. « Nous sommes venus ici en tant que famille et nous avons beaucoup appris. »

M. Anton Aleksejev, correspondent de la chaîne de télévision publique d’Estonie, Estonian Public Broadcasting, a fait l’éloge « des rencontres pratiques qui avaient été organisés avec d’autres journalistes au travail ». Il n’a pas décrit en détail les changements qu’il apporterait à sa façon de travailler mais a indiqué qu’il incorporerait certains éléments lorsqu’il rentrerait dans son pays et aurait eu le temps de réfléchir sur ce qu’il avait appris.

Personne ne suggère qu’un programme de trois semaines fournirait toute la formation dont un journaliste a besoin mais le rédacteur en chef du journal éducatif et culturel Da’Kuna pour les jeunes au Tchad, M. Dohou Pascal Ferso, a affirmé que c’était néanmoins une contribution importante. Bien que son pays ait plusieurs médias, il a dit : « Nous n’avons pas une expérience et une formation solides en journalisme. Le programme Murrow m’a aidé et a aidé un grand nombre de mes collègues parce que nous avons pu apprendre les uns des autres. »

Pour M. Marco Buettner, agent des affections à la chaîne de télévision allemande n-tv du groupe RTL, les différences journalistiques entre New York et Berlin sont subtiles. « En général, nous faisons le même genre de travail. Nous sommes allés au siège de différentes chaînes de télévision et je m’y suis senti comme chez moi parce que nous faisons tous le même métier. » La grande différence qu’il a remarquée, dit-il, est la séparation entre les reportages sur l’actualité et l’éditorial qui est plus stricte aux États-Unis qu’elle ne l’est en Allemagne. « C’est vraiment ce qui m’a donné une nouvelle perspective du journalisme », a ajouté M. Buettner.

L’impact le plus important du programme Murrow pour M. Buettner a été ce qu’il a appris au sujet des États-Unis. Il y avait passé un an et demi dans sa jeunesse, dit-il, mais « mon séjour dans le cadre de ce programme m’ a donné une perspective entièrement différente du pays parce que vous apprenez le pourquoi des choses et vous le voyez en tant que journaliste et non pas comme un jeune de 19 ou 20 ans ».

Comme ses confrères qui participaient au programme, M. Buettner a souligné que « son image des États-Unis était maintenant plus complète » parce qu’il comprenait mieux le système fédéral, avec sa division des pouvoirs entre le gouvernement national et celui des 50 États et des milliers de localités. C’est la raison pour laquelle, d’après lui, « l’actualité internationale est moins populaire qu’en Europe, par exemple, et que la couverture médiatique aux États-Unis porte beaucoup plus sur les événements locaux ».

Le programme Murrow a coïncidé cette année avec les élections législatives de mi-mandat et divers scrutins locaux de même que les campagnes qui les ont précédées, cibles de l’attention d’un grand nombre des participants. Selon M. Alexy Vladimirovich Aronov, du quotidien russe Izvestia, le processus politique dominé par seulement deux partis politiques « ne reflète pas les intérêts politiques de tous les groupes aux États-Unis ». « De nombreuses minorités ne sont toujours pas représentées comme il faut, et c’est comme demander aux gens de choisir entre Pepsi et Coca-Cola. »

Par contre, le reporter politique du site Internet d’actualités Guineaactu.com, M. Amadou Ndiare Diallo, s’est dit impressionné par sa rencontre avec un candidat à Reno (Nevada). Il était frappé par le fait que celui-ci s’inquiétait de l’issue du scrutin. « Souvent en Afrique, a expliqué M. Diallo, le dirigeant connaît les résultats » avant le jour du vote.

Les journalistes du programme Murrow se sont félicités de l’occasion de visiter différentes régions du pays et de rencontrer la population. « L’Amérique est un pays complexe. Quand je suis arrivé ici, l’idée que j’avais des États-Unis était comme celle de Hollywood », a dit M. Innocent Chitosi, chargé de la recherche et de l’information à l’Institut national des médias du Malawi.

Le séjour aux États-Unis était aussi l’occasion de faire du tourisme et du magasinage.

M. Buettner, de la chaîne de télévision allemande, a dit s’être rendu à un magasin très célèbre de New York pour acheter une nouvelle lentille pour sa caméra.

Par contre, M. Ladislav Bariak, journaliste d’un quotidien en ligne de la République slovaque, était moins impressionné par ce qu’il avait vu à New York. « Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens sont tellement intéressés ou épatés par Times Square. C’est tellement bruyant, il y a trop de lumières, et je ne l’aime vraiment pas », a-t-il indiqué.

Cependant, il s’est dit émerveillé par les Rocky Mountains, la chaîne de montagnes du Colorado, où la beauté de la nature n’a pas été dégradée par les touristes. « Je pourrais y passer des mois », a ajouté M. Bariak.

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